Mon parcours, Sport

Run, Cécile, Run

Etrangement, du haut de mes 96 kilos, j’ai toujours été, au moins un peu, sportive. Ce sont les sports d’endurance qui m’ont intéressée dès le collège, même si j’ai été assez gravement inhibée par l’EPS, où finalement, ce qui ressort principalement c’est l’humiliation d’être moins bon.

Avec tous ces kilos, c’est juste un problème technique : on se traîne, on a un tel poids à porter que chaque effort est 2 fois plus dur que pour la plupart des gens. Alors que j’avais bien besoin de faire du sport adapté à ma condition physique.

Certains professeurs ont été vraiment très bien, encourageants, adaptant les programmes pour moi. Les élèves, bien entendu (et on ne peut pas leur en vouloir) m’ont toujours choisie en dernier dans les équipes (je faisais pourtant une bonne gardienne de handball, ah ah). C’est cliché, mais c’est comme ça. Et malgré quelques efforts, le sport à l’école est souvent particulièrement inadapté pour les mômes en surpoids. « Elle s’écoute », par exemple. Alors que très honnêtement, si mes problèmes de genoux sont, j’en conviens, largement dûs à mon obésité, ils ont toujours été bien réels. Quand la jambe se tord à la moindre foulée, ça n’est jamais bon, messieurs et mesdames les professeurs de sport.

A l’école, j’aimais déjà courir. Je courais bien moins vite que tout le monde, évidemment, mais j’aimais bien cette sensation de dépassement de « j’ai mal mais bon sang, je continue jusqu’à l’objectif ». Et même si ça se limitait à des tours de piste ou des tours de gymnase, au son du couinement des baskets sur le sol et des jacassements collégiens, ben ça me vidait bien la tête.

Je n’ai pas couru dans le cadre scolaire au lycée, mais c’est à cette époque que j’ai réalisé que j’aimais suffisamment ça pour me lancer seule, avec mes baskets toutes pourries, dans les rues peuplées de petits vieux de mon village. J’étais sur de l’endurance pure, à vitesse très lente. A cette époque je n’avais pas de quoi mesurer, mais je pense que je ne dépassais pas les 5 km/h. Sauf que chaque semaine, je courais entre 1h et 1h30, et que c’était mon moment préféré. J’avais de la musique dans les oreilles, le bitume sous mes pieds, et rien ni personne pour me contrarier, la plupart du temps.

J’étais très concernée par la manière dont me voyais les gens, cela dit. J’avais l’impression d’être un gros tas, que ça faisait blob blob sur mes fesses, mes cuisses, mon ventre quand je courais. J’accélérais dès que je croisais quelqu’un, et j’avais envie de pleurer dès qu’une personne me fixait un peu. Cette sensation horrible que les gens pensent, au choix « la pauvre, à souffrir comme ça, elle est pathétique » ou « vaudrait mieux qu’elle arrête de bouffer plutôt ». Heureusement, il y avait les deux vieux messieurs, sur leur banc,à côté du supermarché, qui avait toujours un mot gentil, encourageant à chaque fois que je passais devant eux.

J’ai couru comme ça pendant à peu près un an. J’étais vraiment motivée, quand il y avait eu la canicule l’été, je me levais à 6h pour courir avant la chaleur extrême. Je n’ai pas beaucoup maigri durant cette période puisque l’alimentation n’était pas changée, mais j’ai quand même retrouvé une plutôt bonne forme physique. Mais je n’analysais pas des masses pourquoi j’aimais ça. Et j’ai arrêté, l’année du bac. Je ne sais pas trop pourquoi, je crois me souvenir que mon genou y était pour quelque chose. Il ne m’a jamais laissée courir sur de trop longues périodes (je compte bien sur lui pour que ça change). Je n’ai pas couru ensuite jusqu’à 2010. Une période de 6 ans sans activité sportive. 5 ans de fac, une période particulièrement désagréable sur le plan de la bouffe.

Hop !

Et puis le chômage est arrivé, et en octobre 2010, deux semaines après être rentrée dans le village familial (rien à faire, personne à voir), j’ai repris la course à pied. Sérieusement et avec un très grand plaisir. J’y allais 3 fois par semaine, j’ai acheté des bonnes chaussures (qui m’ont donné, les 10 premières minutes, l’impression de voler), un équipement à peu près correct. J’y allais le matin parfois, parfois l’après-midi, j’y allais quand je sentais que j’avais besoin d’y aller. J’ai eu un podomètre aussi à cette époque, tournant donc autour des 6 km/h, pendant 30, 40 min. Je faisais le tour du quartier, plusieurs fois, j’allais dans les endroits calmes mais pas trop déserts. Et après quelques mois, j’ai commencé mon régime. Alors comprenez pourquoi, entre autres raisons, j’ai une tendresse particulière pour ce sport.

Et puis, quelques mois plus tard, mon genou m’a lâchée. Rien de très grave, mais comme d’habitude, il m’a rappelée que j’étais allée trop loin, et je ne pouvais vraiment pas courir avec une douleur aussi sourde, aussi permanente. Et puis je suis partie en Italie, où je n’en ai même pas profité. Et je n’ai couru que quelques séances après avoir trouvé mon travail, qui me prenait au bas mot, 15h par jour au début. Et puis j’ai emménagé à Paris, et puis… j’ai mis du temps avant de me lancer. Je me suis inscrite à la salle de sport, et même si j’adore ça et que ça me défoule, ça ne me suffit pas, il faut que je coure !

Ca fait du bien au corps et à l’esprit : on ne pense à rien d’autre qu’à sa foulée. Ou quand ça va vraiment pas dans la vie, on accélère la foulée, on accélère, on accélère, et on lui botte les fesses, au problème. Même si on rentre en pleurant un peu.

Mais la vraie difficulté, c’est qu’il faut se lancer. Il faut sortir ses fesses du canapé, lâcher le bouquin/la télé, se lever parfois plutôt, rentrer du boulot vanné puis ressortir, renoncer à un week-end d’hibernation… Toutes les raisons sont bonnes pour ne pas y aller. C’est tellement, tellement plus facile.

Pourtant, quand je sors, avec ma musique et mes clés, habillée comme un sac  et évitant le regard de tout le monde, déjà je me sens bien. L’excitation de la séance à venir commence à me gagner, je commence à marcher plus vite, la musique fait son oeuvre, et après quelques minutes, un peu avant ou un peu après mon entrée dans le parc où je cours… je commence à accélérer un peu, et à courir. Encore une fois, mon rythme est entre 6,5 km/h les mauvais jours et 8 les bons. J’ai entendu des gens me dire que « c’est pas de la course, ça, c’est de la marche, quoi ». Alors déjà, regarde donc tes 1m80 pour 80 kilos et mes 1m64 pour 96 kilos, tu noteras un léger obstacle technique pour que je vole comme le vent (pauvre tâche). Si on vous dit que ce que vous faites, c’est pas du sport, dites que ce qu’ils ont dans leur cerveau, c’est pas des neurones. Et si vous vous faites doubler par une mamie avec son caddie, rien ne vous empêche d’accélerer pendant une minute (je comprends, hein, dignité personnelle, tout ça).

Donc, je cours. A mon rythme, à ma vitesse, mais je cours. J’inspire, je souffle, je souffle, j’inspire, j’écoute la musique, je souris, j’accélère, j’appréhende la prochaine côte en pensant ‘peut-être que la prendre en marche serait judicieux’, et alors je mets mon appli sport en pause, et je marche rapidement, en soufflant. Je me fais doubler par bien d’autres coureurs, je double quelques marcheurs, quelques promeneurs, qui me regardent. Je ne les vois pas. Je ne les vois plus. Je cours, je fais gaffe aux feuilles mortes, à la boue, à l’herbe mouillée. J’apprécie l’averse qui me rafraîchit, je sens mes poumons qui sont douloureux, mes cuisses qui luttent, je remonte mon pantalon qui descend sur mes hanches parce que j’ai perdu quelques kilos. Je ne m’entends pas respirer comme un chat qui a une boule de poils dans la gorge, je continue de courir au son de ma playlist, je vérifie ma vitesse, j’accélère, puis je ralentis rapidement parce que j’ai trop accéléré et mes poumons réclament trop d’oxygène. Et puis, quand je sens que ça suffit, je commence à rentrer vers chez moi, je mets ma chanson de fin, et arrivé à un certain passage de la chanson, si je calcule bien, je fais la dernière ligne droite jusqu’à ma rue en sprint (ce que j’ai toujours fait depuis le lycée).

Une fois revenu de cette séance de course à pied, pour laquelle on a eu autant de mal à se sortir de chez soi, on est heureux. Epuisé, en sueurs, moche, mais heureux. Et aussi, et ce n’est pas anecdotique, on est content de s’être bougé pour sortir. Vraiment. Je suis toujours fière de moi après, même si la séance a été mauvaise, épuisante, désagréable, dans le brouillard. Et là, je retourne courir cet après-midi, pour la 4ème fois depuis dimanche dernier, et j’ai envie d’y aller tous les jours. Et même si mon corps entier me rappelle que je dois me réhabituer, il est content lui aussi je le sens ! Alors je vais continuer les cours et les machines à la salle de sport parce que ça aussi ça me fait un bien fou, mais il faut que je continue de courir, que je ne me laisse pas avoir par les périodes de moins bien, que je n’oublie pas combien j’aime ça au profit d’une après-midi à bouquiner ou regarder des trucs à la télé.

Run !

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Mon parcours

L’histoire

Après presque 2 mois de traitement à coups d’au moins 1 post par jour, il est temps de faire le point sur ce qui m’a amené jusqu’ici. A 24 ans, à lutter pour qu’un problème non réglé depuis l’enfance ne bouffe pas ma santé et ma vie dans sa globalité. Je vous mets mon histoire, là, sur la table. faites-en ce que vous en voulez.

Tout a commencé un sombre soir de novembre : la neige tombait à gros flocons et j’ai poussé mon premier cri. Comment ça, je remonte trop loin ? OK, OK !

J’ai passé mon enfance à manger. Manger la bonne cuisine, familiale, traditionnelle. Plats en sauce et coquillettes jambon. Et aussi des plats préparés, surgelés. Sans aucun égard pour l’équilibre alimentaire. J’ai commencé à en entendre parler de celui-là, seulement au collège, quand j’ai commencé à sérieusement déprimer d’être trop grosse. Avec autour de moi les copines qui étaient minces, qui commençaient leur vie amoureuse doucement, qui vivaient bien leur corps.

Nous, à la maison, on mangeait. A notre faim, et plus que ça, même. Le contrôle des portions n’était lié qu’à nos envies : tu veux en reprendre ? Reprends-en. Un enfant qui mange est un enfant en bonne santé. Le mercredi, le samedi, le dimanche : c’est jour de fête, on fait de la pâtisserie. Tu reprendras bien un bout de gâteau ? Je n’ai jamais su dire non, j’ai toujours adoré manger, c’est ainsi. La bouffe a toujours fait partie intégrante de ma vie, et j’y reviendrai d’ailleurs un peu plus tard.

Mais ce n’est pas seulement ça, qui m’a fait grossir, bien entendu. La plupart des enfants, des gens qui mangent bien ne deviennent pas obèses, non. La plupart sont bien portants, sont bien, vivent comme ils l’entendent. Moi, je suis devenue obèse dès l’enfance. Et particulièrement quand j’ai commencé à ne plus contrôler ce que je mangeais. Au collège, je rentrais avant tout le monde à la maison, vers 16h15, après l’école. Le goûter était constitué de plus grand nombre de biscuits que je pouvais avaler sans que la baisse dans le paquet ne devienne suspecte pour le reste de la famille. Les biscuits ronds, comme les Prince. Avec un verre de lait. Parfois additionné de quelques cuillères à soupe (!!!) de chocolat en poudre. Parfois additionné de pains au lait. Parfois additionné d’un bol de céréales. Parfois additionné d’absolument tout ce qui pouvait me faire envie, encore une fois sans que je puisse « me faire prendre ». J’avais visiblement déjà conscience que manger autant était mauvais pour moi, et j’avais honte de ne pas pouvoir résister. Tous les week-ends je faisais de la pâtisserie, j’adorais ça (et j’adore toujours ça, d’ailleurs, même si je suis naturellement obligée d’en faire moins aujourd’hui).

Au fil des mois et des années, j’ai grossi, encore et encore. Et mes problèmes avec la nourriture se sont drôlement aggravés. A la fin du collège, et au lycée, dès que j’étais seule à la maison, je mangeais. Ce que je pouvais, en priant pour que cela ne se voit pas. Je « ponctionnais » dans chaque fromage un morceau, avec du pain. Les biscuits apéritifs, les biscuits sucrés, une tranche de jambon, tout ce qui pouvait se manger sans que ça se voie trop.

Avec le recul, je me dis que ça n’est forcément pas passé inaperçu. Je mangeais dans de telles quantités, c’est impossible. Et à côté, je continuais de m’empiffrer pendant les repas, même si ça aussi, ça commençait à drôlement me faire honte.

Quand j’allais à la piscine, quand je faisais seule une petite sortie inhabituelle, je mangeais. J’utilisais le peu d’argent que j’avais pour manger des trucs qu’on avait pas à la maison. Je me souviens d’une barre de céréales que j’appréciais particulièrement, avec du chocolat dessous. Les Sundy. J’en achetais une à chaque fois que j’allais à la piscine. Et à chaque fois que j’avais fini de manger, j’avais envie de pleurer. Je me haïssais tellement, et je me renfermais sur moi-même bien entendu. Je n’ai jamais été du genre très populaire à l’école, et ça n’a rien aidé.

Mais je ne mangeais même pas par plaisir de manger, pendant ces « crises ». C’est important que je le dise, puisque lorsque l’on pense aux gens obèses, on s’imagine qu’ils passent leur temps à s’empiffrer, enfoncés dans leur canapé, et « ils n’ont qu’à arrêter de manger, quoi ». La bouffe, à ce niveau, c’est une addiction. Comme le tabagisme. Certains parviennent à arrêter à la force de leur volonté. D’autres ont besoin de se faire aider. D’autres sont perdus quoiqu’il arrive : ils n’arrêteront pas, ils ne peuvent pas.

La bouffe, c’est pareil. En dehors d’une période où j’ai perdu 14 kilos (en quatrième, si je me souviens bien, même si cette période est particulièrement floue), il n’y a pas eu de trêve pour moi dans mon problème avec la nourriture. Au lycée, ça n’a pas changé. J’ai cru qu’en ayant de bons amis, les bonnes personnes autour de moi, ça pourrait changer. Non, ça n’a pas changé. Pareil, la bouffe en rentrant du lycée, jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Toujours les mêmes aliments, les plus « pratiques » à manger.

Puis, la fac. Un studio pour moi toute seule, là encore, je me suis dit : oh, ça va aller mieux, je vais pouvoir avoir une vie un peu plus stable, faire mes choix, aller mieux. Grosse erreur : ça a été pire. Je me faisais tout et n’importe quoi à manger. Je mangeais correctement pendant une semaine, puis je faisais des courses impulsivement, rien que des trucs parfaitement gras (saucisson, chips, mayonnaise, pâtes au gruyère…). Je pouvais me faire le sandwich le plus gras du monde à 10h du matin (2h après le petit-déjeuner) ou une immense assiettée de pâtes à 15h (2h après le déjeuner). J’étais, on va dire, libre d’exercer mon addiction comme bon me semblait. Mais, vraiment, je ne contrôlais rien. Ca a été l’une des périodes les plus éprouvantes de ma vie, à cause de ça. Je ne contrôlais rien, et je m’en voulais à chaque instant. Je n’ai jamais vomi volontairement. J’ai eu mon diplôme, avec plutôt de bons résultats !

A cette époque, ma soeur était la seule au courant (et encore, plus ou moins) de ce problème, de mes crises. Elle a été très bien, a tenté de me donner des conseils, de me comprendre. Mais c’est terriblement compliqué, imaginez : elle me conseillait de ne pas acheter ce qui était susceptible d’entrer dans le cadre d’une crise. Sauf que quand j’avais envie/besoin de manger, tout pouvait y passer. Vraiment, n’importe quoi qui puisse se manger. Finalement, j’étais la seule à pouvoir régler ça. Comment ? Je n’en avais aucune idée, à ce moment-là. On m’a aussi souvent conseillé d’aller voir un(e) nutritionniste. Mais j’ai passé 5 ans à étudier la biologie sous absolument toutes ses formes à la fac, alors je sais depuis des années ce qu’il faut manger pour être en forme, je sais parfaitement en quoi consiste l’équilibre alimentaire. Le problème est ailleurs.

Je suis rentrée au foyer familial après mon diplôme, et j’ai découvert les joies du chômage ! Longue durée. Après quelques mois d’inactivité, j’ai repris le sport. J’ai couru, plusieurs fois par semaine, la seule manière de ne pas dépérir, dans ma campagne, à chercher du boulot après 5 ans à la fac. Et, en février 2011, un déclic.

Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment. Mais ma vie a changé pour de bon, en février 2011. Du jour au lendemain, j’ai entamé un régime. Un vrai, un long.

Mi-octobre 2011, il y a 1 ans, ma balance affichait – 18 kilos. Mon voyage à Rome (6 semaines à ne pas manger à ma faim, alors que la bouffe italienne est la meilleure que j’aie mangé) était passé par là, et presque 9 mois de régime. 18 kilos. J’étais passée de 111 kilos à 93 kilos, pour 1m64.

Et puis je suis rentrée en France, je me suis remplumée un peu. J’ai trouvé un travail en décembre, à Paris. J’ai fait des trajets de 5h par jour pendant 6 mois, puis j’ai emménagé ici, dans mon coin de Paradis du 19ème. Pendant cette période un peu folle, je ne faisais que peu de cas du régime, j’avais bien des choses à penser, à régler. Et puis, en septembre, je me suis repesée, après des mois d' »abstinence ». Et il ne me restait que 9 kilos des 18 que j’avais perdus… J’ai un peu pleuré. Puis j’ai réfléchi. Et je suis repartie dans le régime.

Le régime d’une vie. Ce que je veux dire par là, c’est que j’ai pris conscience que je serai, de toute façon, toute ma vie au régime. J’aimerai toujours la bouffe, follement (ça fait partie de la vie !), mais je devrai TOUJOURS rester dans la mesure, dans le contrôle. Et pour ça, il faut trouver une manière de manger qui me conviendra toute ma vie, et surtout que je peux adapter en fonction des périodes : en ce moment, elle est un peu plus dure, parce que j’ai encore une trentaine de kilos à perdre pour me sentir bien. Après, quand je serai satisfaite, ça sera un peu moins strict. Mais je lâcherai pas l’affaire.

D’où mon intérêt de manger des trucs bons, qui me vont. Cela fait des mois maintenant que je n’ai pas eu de « crise ». J’ai du en faire une ou deux pendant mon premier gros régime, mais c’est tout. J’arrive à contrôler les grosses envies, les grosses crises qui pointent encore, parfois le bout de leur nez.

Mes seules pertes de contrôle sont aujourd’hui relativement minime sur la prise de poids, mais ont toujours un effet désastreux sur mon estime de moi. Mais elles sont rares. Très honnêtement, avoir réussi à faire tenir un saucisson sec pendant 10 jours entiers dans mon placard, c’est la preuve que je vais beaucoup mieux (non, l’histoire du saucisson n’est pas si anecdotique qu’elle en a l’air…). Je vais quand même beaucoup mieux dans ma relation avec la nourriture. Je vais bien. Je tiens compte de ma faim, des autres repas, de ce que j’aime, de ce dont j’ai envie. Je vais mieux.

J’ai compris des choses, au fil de mon parcours. Que je ne dois pas attendre que le contexte soit propice pour prendre ma vie en main. Que j’étais la seule responsable de ma vie ! Qu’elle ne tient qu’à moi, et que c’est une vraie addiction, la nourriture. Qui ne se combat qu’avec beaucoup d’efforts, que les obstacles et les difficultés se franchissent un par un, sans se presser, au risque de faire une rechute. J’avoue que ça m’effraie toujours. Mais j’avance, et je compte bien continuer…

J’en ai parlé autour de moi, aux gens proches. Qui sont souvent tombés des nues. Maintenant, j’en parle *presque* librement. J’en parle ici. Même s’il m’est arrivé d’en parler et de recevoir en réponse de la psychologie de comptoir façon « tu remplissais un vide émotionnel » ou « tu te faisais une coque pour te protéger des autres et de la vie en mangeant ». Merci, j’en ai déjà soupé, de ça ;). Maintenant, je vis, et je me nourris, et j’apprécie ce que je mange sans en avoir peur. C’est déja bien… et ça n’est que le début !