Run, Cécile, Run !

[Edit septembre 2017]

Bien des choses se sont passées depuis ce post. Oui, j’aime toujours autant courir. Malheureusement, l’état de mes genoux en a décidé autrement : j’ai trop exigé d’eux pendant trop d’années. Désormais ils me refusent les sports avec impact. Alors je leur fais cadeau de natation et de cardio doux à la salle. Mais je ne saurais que vous encourager à chausser vos baskets et courir : je n’ai pas encore trouvé mieux pour vider une tête pleine de saletés.

 

 

Etrangement, du haut de mes 96 kilos, j’ai toujours été, au moins un peu, sportive. Ce sont les sports d’endurance qui m’ont intéressée dès le collège, même si j’ai été assez gravement inhibée par l’EPS, où finalement, ce qui ressort principalement c’est l’humiliation d’être moins bon.

Avec tous ces kilos, c’est juste un problème technique : on se traîne, on a un tel poids à porter que chaque effort est 2 fois plus dur que pour la plupart des gens. Alors que j’avais bien besoin de faire du sport adapté à ma condition physique.

Certains professeurs ont été vraiment très bien, encourageants, adaptant les programmes pour moi. Les élèves, bien entendu (et on ne peut pas leur en vouloir) m’ont toujours choisie en dernier dans les équipes (je faisais pourtant une bonne gardienne de handball, ah ah). C’est cliché, mais c’est comme ça. Et malgré quelques efforts, le sport à l’école est souvent particulièrement inadapté pour les mômes en surpoids. « Elle s’écoute », par exemple. Alors que très honnêtement, si mes problèmes de genoux sont, j’en conviens, largement dûs à mon obésité, ils ont toujours été bien réels. Quand la jambe se tord à la moindre foulée, ça n’est jamais bon, messieurs et mesdames les professeurs de sport.

A l’école, j’aimais déjà courir. Je courais bien moins vite que tout le monde, évidemment, mais j’aimais bien cette sensation de dépassement de « j’ai mal mais bon sang, je continue jusqu’à l’objectif ». Et même si ça se limitait à des tours de piste ou des tours de gymnase, au son du couinement des baskets sur le sol et des jacassements collégiens, ben ça me vidait bien la tête.

Je n’ai pas couru dans le cadre scolaire au lycée, mais c’est à cette époque que j’ai réalisé que j’aimais suffisamment ça pour me lancer seule, avec mes baskets toutes pourries, dans les rues peuplées de petits vieux de mon village. J’étais sur de l’endurance pure, à vitesse très lente. A cette époque je n’avais pas de quoi mesurer, mais je pense que je ne dépassais pas les 5 km/h. Sauf que chaque semaine, je courais entre 1h et 1h30, et que c’était mon moment préféré. J’avais de la musique dans les oreilles, le bitume sous mes pieds, et rien ni personne pour me contrarier, la plupart du temps.

J’étais très concernée par la manière dont me voyais les gens, cela dit. J’avais l’impression d’être un gros tas, que ça faisait blob blob sur mes fesses, mes cuisses, mon ventre quand je courais. J’accélérais dès que je croisais quelqu’un, et j’avais envie de pleurer dès qu’une personne me fixait un peu. Cette sensation horrible que les gens pensent, au choix « la pauvre, à souffrir comme ça, elle est pathétique » ou « vaudrait mieux qu’elle arrête de bouffer plutôt ». Heureusement, il y avait les deux vieux messieurs, sur leur banc,à côté du supermarché, qui avait toujours un mot gentil, encourageant à chaque fois que je passais devant eux.

J’ai couru comme ça pendant à peu près un an. J’étais vraiment motivée, quand il y avait eu la canicule l’été, je me levais à 6h pour courir avant la chaleur extrême. Je n’ai pas beaucoup maigri durant cette période puisque l’alimentation n’était pas changée, mais j’ai quand même retrouvé une plutôt bonne forme physique. Mais je n’analysais pas des masses pourquoi j’aimais ça. Et j’ai arrêté, l’année du bac. Je ne sais pas trop pourquoi, je crois me souvenir que mon genou y était pour quelque chose. Il ne m’a jamais laissée courir sur de trop longues périodes (je compte bien sur lui pour que ça change). Je n’ai pas couru ensuite jusqu’à 2010. Une période de 6 ans sans activité sportive. 5 ans de fac, une période particulièrement désagréable sur le plan de la bouffe.

Et puis le chômage est arrivé, et en octobre 2010, deux semaines après être rentrée dans le village familial (rien à faire, personne à voir), j’ai repris la course à pied. Sérieusement et avec un très grand plaisir. J’y allais 3 fois par semaine, j’ai acheté des bonnes chaussures (qui m’ont donné, les 10 premières minutes, l’impression de voler), un équipement à peu près correct. J’y allais le matin parfois, parfois l’après-midi, j’y allais quand je sentais que j’avais besoin d’y aller. J’ai eu un podomètre aussi à cette époque, tournant donc autour des 6 km/h, pendant 30, 40 min. Je faisais le tour du quartier, plusieurs fois, j’allais dans les endroits calmes mais pas trop déserts. Et après quelques mois, j’ai commencé mon régime. Alors comprenez pourquoi, entre autres raisons, j’ai une tendresse particulière pour ce sport.

Et puis, quelques mois plus tard, mon genou m’a lâchée. Rien de très grave, mais comme d’habitude, il m’a rappelée que j’étais allée trop loin, et je ne pouvais vraiment pas courir avec une douleur aussi sourde, aussi permanente. Et puis je suis partie en Italie, où je n’en ai même pas profité. Et je n’ai couru que quelques séances après avoir trouvé mon travail, qui me prenait au bas mot, 15h par jour au début. Et puis j’ai emménagé à Paris, et puis… j’ai mis du temps avant de me lancer. Je me suis inscrite à la salle de sport, et même si j’adore ça et que ça me défoule, ça ne me suffit pas, il faut que je coure !

Ca fait du bien au corps et à l’esprit : on ne pense à rien d’autre qu’à sa foulée. Ou quand ça va vraiment pas dans la vie, on accélère la foulée, on accélère, on accélère, et on lui botte les fesses, au problème. Même si on rentre en pleurant un peu.

Mais la vraie difficulté, c’est qu’il faut se lancer. Il faut sortir ses fesses du canapé, lâcher le bouquin/la télé, se lever parfois plutôt, rentrer du boulot vanné puis ressortir, renoncer à un week-end d’hibernation… Toutes les raisons sont bonnes pour ne pas y aller. C’est tellement, tellement plus facile.

Pourtant, quand je sors, avec ma musique et mes clés, habillée comme un sac  et évitant le regard de tout le monde, déjà je me sens bien. L’excitation de la séance à venir commence à me gagner, je commence à marcher plus vite, la musique fait son oeuvre, et après quelques minutes, un peu avant ou un peu après mon entrée dans le parc où je cours… je commence à accélérer un peu, et à courir. Encore une fois, mon rythme est entre 6,5 km/h les mauvais jours et 8 les bons. J’ai entendu des gens me dire que « c’est pas de la course, ça, c’est de la marche, quoi ». Alors déjà, regarde donc tes 1m80 pour 80 kilos et mes 1m64 pour 96 kilos, tu noteras un léger obstacle technique pour que je vole comme le vent (pauvre tâche). Si on vous dit que ce que vous faites, c’est pas du sport, dites que ce qu’ils ont dans leur cerveau, c’est pas des neurones. Et si vous vous faites doubler par une mamie avec son caddie, rien ne vous empêche d’accélerer pendant une minute (je comprends, hein, dignité personnelle, tout ça).

Donc, je cours. A mon rythme, à ma vitesse, mais je cours. J’inspire, je souffle, je souffle, j’inspire, j’écoute la musique, je souris, j’accélère, j’appréhende la prochaine côte en pensant ‘peut-être que la prendre en marche serait judicieux’, et alors je mets mon appli sport en pause, et je marche rapidement, en soufflant. Je me fais doubler par bien d’autres coureurs, je double quelques marcheurs, quelques promeneurs, qui me regardent. Je ne les vois pas. Je ne les vois plus. Je cours, je fais gaffe aux feuilles mortes, à la boue, à l’herbe mouillée. J’apprécie l’averse qui me rafraîchit, je sens mes poumons qui sont douloureux, mes cuisses qui luttent, je remonte mon pantalon qui descend sur mes hanches parce que j’ai perdu quelques kilos. Je ne m’entends pas respirer comme un chat qui a une boule de poils dans la gorge, je continue de courir au son de ma playlist, je vérifie ma vitesse, j’accélère, puis je ralentis rapidement parce que j’ai trop accéléré et mes poumons réclament trop d’oxygène. Et puis, quand je sens que ça suffit, je commence à rentrer vers chez moi, je mets ma chanson de fin, et arrivé à un certain passage de la chanson, si je calcule bien, je fais la dernière ligne droite jusqu’à ma rue en sprint (ce que j’ai toujours fait depuis le lycée).

Une fois revenu de cette séance de course à pied, pour laquelle on a eu autant de mal à se sortir de chez soi, on est heureux. Epuisé, en sueurs, moche, mais heureux. Et aussi, et ce n’est pas anecdotique, on est content de s’être bougé pour sortir. Vraiment. Je suis toujours fière de moi après, même si la séance a été mauvaise, épuisante, désagréable, dans le brouillard. Et là, je retourne courir cet après-midi, pour la 4ème fois depuis dimanche dernier, et j’ai envie d’y aller tous les jours. Et même si mon corps entier me rappelle que je dois me réhabituer, il est content lui aussi je le sens ! Alors je vais continuer les cours et les machines à la salle de sport parce que ça aussi ça me fait un bien fou, mais il faut que je continue de courir, que je ne me laisse pas avoir par les périodes de moins bien, que je n’oublie pas combien j’aime ça au profit d’une après-midi à bouquiner ou regarder des trucs à la télé.

Run !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s