Edito, Mon parcours

Fais-le tout seul

Et fais-le pour toi. Ca a l’air tout cucul, dit comme ça, mais j’ai envie d’adopter ce ton d’évidence et de paternalisme pour une fois.

*Alerte post plein de trucs persos*

J’aurais pu aussi appeler cet article « la pente ascendante et les dos d’ânes ».
Ca fera bientôt 5 ans que je suis mon chemin pour aller mieux, que je ne suis plus malade, mais que j’ai encore bien des choses à régler. Il ne s’agit pas que d’une histoire de poids à perdre, non. Il s’agit de gagner, pas à pas, un peu d’estime de soi. Il s’agit de ne plus se dévaloriser constamment, de cesser de penser que sa valeur ne dépend que d’un IMC.

Le chemin est long et semé d’embûches sacrément pénibles. Parfois tu sautilles par-dessus et hop-là, voilà l’obstacle derrière toi. Parfois tu te prends une chiée de ronces au passage, et tu t’en sors avec de nouvelles écorchures. Parfois, les ronces se font même accompagner d’un orage et d’une tornade qui suit. Et bon, t’en ressors complètement à plat.

Mais au fur et à mesure que tu comprends les choses et que tu avances, t’es de mieux en mieux armé pour sauter plus haut et swinguer souplement entre les ronces, les fois d’après. Y aura toujours les tornades et les orages, et quelques orties de temps en temps, mais des fois ça pique même pas.

Récemment, j’ai compris 2 choses. 2 GROSSES CHOSES. Je sais, foule en délire, tu te demandes MAIS QUELLES SONT CES DEUX GROSSES CHOSES ? Non, je ne parle pas de mes fesses.

good one
Hinhinhin elle est bonne celle-là

Premièrement, j’ai compris que je me détestais bien plus que je ne l’imaginais au départ. Ca a l’air fort, dit comme ça, mais même si j’ai l’habitude d’en faire des caisses, je pense que je n’exagère pas. J’ai réalisé ça au fil du temps, en me forçant à me regarder, à m’examiner, à m’évaluer. Tout ça est très compliqué pour moi, j’ai passé le reste de ma vie d’avant à me cacher, me dévaloriser, me faire du mal au sens large. La transition n’est pas aisée. Y a des trucs qu’il n’est pas évident de réaliser : par exemple, le fait que je n’aie JAMAIS mis de crème hydratante sur mon ventre. Je veux dire, c’est la partie de moi que j’aime le moins, je le trouve inutile, moche, flasque et puis il me gêne quand je me penche, c’est chiant. Mais de là à pas en prendre soin, et sans s’en rendre compte ? Pourquoi ? J’ai vraiment certaines parties de mon corps en horreur, c’est une chose.
J’ai aussi une bonne partie de ma personnalité en horreur, mais ça je dirais que je lutte toujours après mes 12 ans de boulimie NULLE.
Mais bon, comme je le dis, à chaque fois c’est un peu moins dur, alors ça va. J’ai fait des progrès, j’ai avancé, et je continue d’avancer. C’est tout ce qui compte. Par exemple dimanche dernier, j’ai testé l’escalade (après 12 ans sans en faire), et je suis arrivée sans trop d’efforts en haut du mur de 7m. Et ça, c’est que moi qui l’ai fait, même avec un gros cul dans le baudrier.

Deuxièmement (car non, c’est pas fini), j’ai réalisé récemment, même si je m’en doutais un peu déjà, que j’étais seule, sur ce chemin. Seule avec mes bouts de bois et mes ronces et mes orties et mes catastrophes naturelles. Alors c’est pas pour faire ma calimero, hein, y a des tas de chouettes gens qui ont envie de me soutenir, et de m’accompagner. Mais quand tu te lances dans un défi personnel qui a tellement de zigouigoui chiants qui dépassent de partout, t’es le seul à pouvoir comprendre combien t’en as chié/t’en chies/tu vas en chier.

Il s’agit pas du bikini body de Biba, il s’agit de réinventer complètement ses réflexes et son mode de vie, de faire des erreurs et de se dire que bon après tout c’est pas si grave, on ajuste et on y retourne ! De voir que finalement, certaines solutions, certaines décisions ne sont pas forcément les mieux adaptées. Donc, ben, on ajuste, et on y retourne !

Je vis avec un type relativement compréhensif. Qui connaît mon histoire et les conséquences qu’elle peut encore avoir sur moi, en surface. Malgré tout, il ne peut pas prendre en compte toutes les aspérités de cette histoire, toutes les nuances qu’elles apportent à mes choix et à mon comportement en général. Il ne peut pas comprendre, justement, le premier point cité au-dessus : comment comprendre qu’on peut se détester à ce point, mais avancer quand même et se relever chaque fois qu’on retombe, et sourire entre les larmes qui font dégueuler le mascara ?
Je ne dis pas qu’on est tous pareils, mais je reste persuadée que je suis seule sur ce chemin, et que c’est nécessaire, pour avancer.

N’oublie jamais que c’est toi qui prends tes décisions. Personne ne te force à rester couché. Personne ne t’oblige à faire ce que tu as VRAIMENT envie de faire. C’est toi, qui te pousses au cul, c’est toi qui décide d’aller courir ou de renoncer à la bouffe de merde. C’est toi qui décide d’aller mieux, quoiqu’il t’en coûte. Personne ne le fera à ta place. C’est toi qui mène ta barque.
Les autres ne reçoivent que d’agréables dommages collatéraux. Les petits veinards.

Ps : désormais je suis blonde, presque.

 

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Des caps. Des caps partout.

Bon, ça vaaaaa. Un post tous les 6 mois, ça permet que vous vous lassiez pas trop de moi. Enfin, presque. Vu que bon, du coup, à chaque fois, des bilans s’imposent un peu.

Mais attendez, y a quand même vachement de changement !

Je vous l’annonce tout de go (et j’annonce également que j’arrête désormais de dire « tout de go ») : je pèse aujourd’hui 88 kilos. J’en pesais encore une centaine en fin d’année dernière, OUI MADAME. Comparé à mon poids d’il y a 3 ans ?

– 25 kilos. OUI MADAME BIS.

Je sais pas trop ce qui joue, ce qui change. Je me sens bien, depuis quelques mois. Ma vie bouge un peu en continu (dans tous les domaines), et je tends vers un certain équilibre, j’ai bien l’impression ! Bon, rien n’est gagné, hein. Mais tout de même, c’est un poids que je n’avais pas atteint depuis, genre, le début du lycée ? Difficile à dire, mais ça doit être à peu près ça. Du coup, j’ai du refaire plein de shopping (QUEL SACRIFICE)(en vrai, perdre autant de poids, ça coûte du fric, BIGRE!) et jeter un tas de fringues qui ne me vont plus. Mais pareil, niveau taille de vêtements, je suis plutôt côté 46, là. (J’ai même acheté un jean en 44, bon, c’est stretch, MAIS QUAND MÊME). Et ouais, ça colle avec le début du lycée, comme taille de fringues.

Et je fais pas spécialement d’efforts. Je continue le sport en rythme de croisière (2/3 fois la semaine), je mange à peu près à ma faim (merci la cantine du taf <3).

Et puis j’avance aussi, hein. Niveau boulimie, j’veux dire. Ouais, c’est derrière, ouais j’ai plus de problème avec la bouffe, et c’est cool. Mais j’ai encore du chemin à faire parce que cette saleté m’a pas mal détruite, avec les années ! Là où je sais que j’avance ? J’en ai parlé (même si rapidement et en éludant les détails) à mes parents (qui sont tombés de haut). J’en ai parlé au type avec qui je sors, alors que ça n’est même pas encore sérieux avec lui. J’en parle assez librement, autour de moi, au travail. Je pensais que ça mettrais les gens mal à l’aise. Alors que non, ça les intéresse, ça les fascine un peu. Après tout, ça fait partie de moi, alors pourquoi j’en parlerais pas ? Y a pas de honte.

Ouais, je sais que ce post est un peu chiant. Mais pour moi c’est plutôt :

La bisette sur vos coudes.

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La tradition a la peau dure : bilan et perspectives

Allez, passons sur les banalités forcées et un peu pénibles : heureuse année 2014, qu’elle soit remplie de tout ce qui vous fera plaisir.

Soyez fabuleux en 2014
Soyez fabuleux en 2014

J’ai fêté le réveillon en pyjama et chaussons devant la télé, et le premier de l’an en brunchant devant un concert de Jazz dans un club chouette du quartier. C’était drôlement bien. 

Maintenant, place au truc que j’aime à peu près le plus au monde : un bilan de l’année passée !

Par désordre d’importance :

– J’ai complètement et consciemment dit adieu à la boulimie. Et, ah ah, c’est quelque chose. Le sommet de l’année (et probablement des 10 dernières aussi, si je suis très honnête). Et j’ai aussi presque complètement arrêté la viande. Je ne m’en porte que bien mieux, croyez-moi.

– J’ai vu de mes yeux Stephen King. Je l’ai écouté parler, je l’ai écouté lire les deux premières pages de Doctor Sleep. Je l’ai vu, il se tenait à quelques mètres de moi. Clairement le plus beau moment de ma vie de lectrice, j’ai pleuré plusieurs fois pendant sa conférence. Il m’a tellement apporté, aidée à devenir l’adulte que je suis aujourd’hui, que je ne peux que m’incliner sous le poids du respect que j’ai pour ce brillant esprit.

– J’ai changé de travail. Je m’y sens drôlement bien (malgré un type glauque qui me drague lourdement), et je m’y vois bien pendant les quelques prochaines années, après ce premier job qui m’a épuisée et ôté toute confiance en mes compétences. Un travail qui me garantit autonomie, créativité et … tout le temps nécessaire pour faire du sport.

– J’ai fait beaucoup de sport. Beaucoup, c’est sans doute relatif, mais c’est comme ça que je vois l’année passée. J’ai tiré profit de mon abonnement à la salle de sport (depuis septembre 2012) en y allant régulièrement (jusqu’à 4 fois par semaine dans les bonnes périodes). J’ai couru assez sérieusement, envisageant des plans d’entraînement, un peu en dilettante (spoiler : pour l’instant !). Je trimbale quand même toujours près de 100 kgs sur mes 164 cm, alors je ne mets pas trop de pression sur mes articulations. Mais bon sang, je suis déjà sacrément moins flasque !

– Mes relations familiales se sont ‘encore’ dégradées. La différence c’est que j’ai accepté le fait qu’on ne choisissait pas sa famille, donc je me prête aux obligations et rentre à Paris avec bonheur à chaque fois. J’ai accepté le fait que je suis une snobinarde aux yeux de mes « proches ». Je vis à Paris, j’aime ça, j’aime le luxe et la qualité, je lis le journal, je lis tout court, je suis allée à l’Opéra avec joie, je fuis les instincts beaufs que me donnent mes origines familiales et tout ce qui s’y rattache. Mais maintenant, j’assume tout ça, et ça fait du bien.

– Je n’ai quasiment pas écrit (de fiction, s’entend). Impossible d’écrire plus de quelques centaines de mots d’affilée, et rarement. Beaucoup de frustration sort de tout ça.

Je ne saurais dire si 2013 a été bonne ou non, instinctivement j’aurais tendance à dire que je suis ravie de l’arrivée de 2014. Peut-être parce que j’ai passé plusieurs caps et que j’ai envie de les mettre en pratique sous un jour nouveau (ça ne veut pas dire grand chose, mais je suis sûre qu’on se comprend).

En 2014, j’ai des perspectives et des espoirs :

– Faire mes preuves dans mon nouveau travail. J’attends toujours reconnaissance et évolution, dans tout ce que je fais.

– Je vais courir, encore plus, encore plus longtemps, encore plus souvent. Mes jambes me démangent, j’ai parfois quelques soucis de motivation (comme tout le monde HEIN, j’ai envie de dire). Mais là… j’ai envie de me mettre au défi dans tous les sens, niveau sport. Donc je vais tâcher de me renforcer à fond les ballons sur le plan cardio, et je laisse le gainage pour quand j’aurai perdu plus de poids.

– Nous y voilà. Après les progrès que j’ai fait sur le plan de la bouffe, ben… Y a plus qu’à. Je n’ai plus d' »excuse ». Je sens très, très bien 2014 à ce niveau. Si seulement le fromager du quartier n’était pas si choupi… Dans tous les cas, je laisse la boulimie derrière moi. Et je regarde vers l’avant (alerte cucul, alerte cucul !)

– Je dois écrire. J’ai une demi-centaine d’idées notées un peu partout, non exploitées, non développées. Ca me frustre. Il faut que je comprenne pourquoi je n’ai pas écrit « sérieusement » depuis quelques années (!!!) et que je surmonte ce blocage étrange.

– Je dois absolument gérer mon budget. Je m’en sors bien mais je vogue un peu à vue. Maintenant que j’ai un travail qui me permet d’épargner, c’est le moment d’organiser tout ça (et de commencer à prévoir l’avenir).

– Je voyage ! Un week-end à Londres déjà programmé en Mars, et à 95% un voyage en Ecosse en août. Peut-être Rome en fin d’année.

– Je prends soin de moi. QUOI, JE L’AI BIEN MERITE ! J’ai pris la carte fidélité du spa en bas de chez moi, je prévois de m’y faire chouchouter bien comme il faut.

– Je vais bloguer plus souvent. Nan, mais si. Il faut. J’me sens bien, ici, chaque fois que j’y reviens.

Et toi, tu vas faire quoi, en 2014 ?

Vers l'infini et au-delà !
Vers l’infini et au-delà !

La bisette sur tes deux fesses !

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High five, baby !

Non mais un post par mois c’est bien aussi, hein. Arrête, je sais que tu me juges et j’aime pas trop ça ! Cesse.

Je ne suis pas là pour te raconter comment j’ai vécu la plus belle journée de ma vie samedi (ou à peu de journées près, au moins) quand j’ai rencontré Stephen King (mon héros, mon idole, mon inspiration, tout ça) au Grand Rex. C’était tout merveilleux. Mieux que ça. J’ai passé la journée à attendre, pour me retrouver dans un merveilleux sixième rang, à quelques mètres du King. M’enfin vraiment, ça méritera un post à part entière et quelques couinements bien placés.

Non, je suis là pour te dire un petit peu où j’en suis, si ça t’intéresse ! Parce que figure-toi que oh, j’ai perdu 6 kilos depuis septembre ! C’est pas joli ? SI, C’EST JOLI ! 

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D’autant plus que suite à une grande fatigue venue d’on ne sait où + à des week-ends tout à fait chargés , je n’ai pas fait de sport en deux semaines. C’est pas mal ? SI, C’EST MAL ! 

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Non mais alors la vraie info, vraie de vraie, c’est que j’ai réalisé ces derniers temps les progrès que j’avais fait. Je n’y avais que trop réfléchi, sans réaliser pleinement tout ce que ces dernières années d’efforts colossaux et d’espoirs retrouvés avaient donné.

Disons cela simplement :

Je ne suis plus malade.

Je ne suis plus boulimique. 

HIGH FIVE !

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Je n’ai plus fait de grosse crise depuis bientôt 3 ans. Je n’ai fait qu’une crisette en 2013, j’en avais parlé ici (une sombre histoire de fromage !). Rien de fou, rien que je n’aie très vite surmonté sur tous les plans. Rien qui ne menace ma nouvelle relation avec la nourriture. Elle et moi on a trouvé notre équilibre, je crois que c’est bien parti pour durer… Mais ne lui dites pas où je vais rougir, on s’apprivoise encore !

Il y a 3 ans, je pesais 114 kilos. Je ne savais pas où j’allais, je ne savais pas si j’allais sortir de la boulimie, je ne savais pas si tout cela allait s’arrêter.

Aujourd’hui j’en pèse 97. Je ne fais plus de crise. Je parle de la boulimie au passé. Je parle de la boulimie tout court. Je m’habitue tout juste à ma nouvelle vie. Je perds du poids lentement mais facilement et durablement. D’ici un an, je suis un canon (même pas flasque, avec mes folles virées à la salle de sport et mes courses d’amour). Aujourd’hui je cours relativement facilement (et rapidement pour quelqu’un de ma corpulence). Aujourd’hui je me sens de mieux en mieux dans mes chaussettes. Aujourd’hui, je drague.

Aujourd’hui je crois que mon avenir est tout joli.

Mes seules addictions ? Le café et les bouquins (et les séries, mais c’est moins joli).

La bouffe et moi, on a fait la paix. 

Edito, Mon parcours

Les coulisses d’une crise de bouffe

Non, ce n’est pas le titre du nouveau numéro de Capital ou 90′ enquête : non, ce que j’aimerais c’est parler de la vraie vie des compulsifs de la bouffe. De la mienne, quand je faisais encore des graves crises.

Parce que manger, c’est parfois une addiction. C’est quelque chose que vous absorbez pour vous faire du bien momentanément. Et quand l’effet est terminé, vous avez le contrecoup qui vous revient en pleine face.

Et ça, tout le monde le sait pas. Alors en piste !

Je ne vais bien entendu me baser que sur ma propre histoire, toutefois il est utile de garder en tête qu’une partie des gros que vous voyez marcher dans la rue avec un demi-sourire qui illumine leur visage un peu rouge d’avoir trop marché passe/est passée par là. Et d’autres moins gros. Des minces, qui gèrent « mieux ». Allez, viens, on dirait qu’on arrête de juger le comportement alimentaire des gens.

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En fait, une crise, une vraie crise, n’a pas toujours de début défini. Dans mon cas, je n’avais pas vraiment de contexte déclenchant. Il y avait un contexte propice, mais pas déclenchant. Quand je parle de contexte propice, je veux dire la solitude, surtout, le fait de pouvoir manger à votre guise sans que personne ne puisse interrompre votre violente perte de contrôle. Les placards vides ne sont absolument pas limitants : à partir du moment où il y a quelque chose qui se mange quelque part, on mange. Je vous dirai un peu plus tard ce que j’ai pu manger certaines fois, simplement à cause de l’urgence du besoin ressenti.

Mais donc non : pas de déclencheur. Ca n’est pas comme lorsque vous feuilletez un magazine, que vous y apercevez un truc qui vous fait saliver et hop, vous avez envie de le manger/ de l’acheter et vous vous faites plaisir. Non, il peut être 8h du matin, ou 11h ou 14h, ou 16h ou 2h. Ou juste après avoir fait un repas normal, dans le rythme quotidien classique. Cela m’est rarement arrivé hors de chez moi, cela dit. Enfin, hors d’un chez-soi quelconque.

Ce que je veux dire, c’est que ça n’est pas quelque chose pour quoi je pouvais trouver une contre-situation : totalement imprévisible. Un peu comme si j’étais constamment au bord d’une falaise, et qu’il ne me fallait qu’une petite poussette pour m’écraser les os contre les rochers, en bas. Tout ce que je pouvais espérer, c’est que ça n’arrive pas souvent. Et dans le cas où ça m’arrivait, je ne pouvais que croiser les doigts pour que les dégats soient mineurs. Et prier le dieu de la bouffe et du fromage pour que je m’arrête vite.

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J’avais différents niveaux de crises : cela pouvait aller de la petite crise avec un mini-sandwich au fromage englouti avec un grand verre de coca, à la crise complètement incontrôlable. Où tout y passait. Quand j’étais au collège, j’avais quelques heures de solitude en rentrant le soir. Grand frère à l’internat, grande soeur au lycée, parents au boulot. Les placards n’attendaient que mes faiblesses. J’avalais souvent plusieurs biscuits au chocolat avec du lait au cacao, et comme je ne pouvais pas en manger assez à mon goût (ou bien cela se serait vu), je tapais dans tout ce que je pouvais trouver. Une tranche de chaque fromage qui mollissait dans le frigo. Du pain. Un yahourt sucré. Encore un peu de pain. Une grosse tranche de saucisson, mais pas trop, il ne fallait pas que cela se voie, bien sûr. Quelques tranches de brioche, de la confiture, du beurre. Des biscuits apéritifs. Je m’arrangeais pour que mes parents n’y voient que du feu, mais j’avais une peur panique qu’on me confronte. Qu’on me demande des comptes.

J’avais conscience de l’aspect très, très malsain de ce que je faisais, et j’en avais drôlement honte. Je savais bien que ça n’était pas qu’une question de plaisir de manger. La différence entre quelqu’un qui rentre du taf, qui a drôlement faim et qui se fait un petit ‘dwich au fromage et quelqu’un qui mange la même chose pendant une crise, c’est que ce dernier devra manger aussi vite que possible, et autant que possible. Il DOIT manger. Il ne va pas se dire « oh, je vais peut-être attendre un peu, c’est bientôt l’heure du dîner » ou « allez, j’me fais ça et je dîne léger léger ». Non, rien d’autre n’importe que MANGER ça et TOUT DE SUITE. Vous DEVEZ croquer, manger, avaler. Le goût ? C’est très, très secondaire. Vous devez manger, vous devez manger jusqu’à avoir un goût désagréable au fond de la gorge, mix de tout ce que vous avez avalé. Jusqu’à voir l’estomac gonflé par toute cette masse alimentaire que vous venez d’ingérer en peu de temps. Nul trou normand lorsqu’il s’agit d’une crise !

Il m’arrivait de me préparer des sandwichs (surtout quand je vivais déjà seule). Avec n’importe quoi dedans : de la viande, de la mayo, du saucisson, du fromage, de la salade, des haricots. L’important, c’était de le préparer vite : choisir un couteau qui coupe vite le pain, choisir un fromage pré-tranché, choisir de la viande déjà cuite. Il fallait que je MANGE là tout de suite. C’est toute l’essence de la crise : il faut manger vite et beaucoup.

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Les fois où j’ai résisté, j’ai pleuré. Ca n’est pas arrivé souvent, mais à chaque fois j’ai pleuré. C’est trop dur. C’est douloureux, on est au bord de la douleur physique de ne pas avoir ce que le corps (ou l’esprit, plutôt) réclame. C’est douloureux de réaliser les efforts surhumains (je pèse mes mots) nécessaires pour se contrôler lorsque votre tête envoie des soldats de la bouffe dans chaque centimètre cube de votre corps.

Certains diront : « il faut se changer les idées ! aller se promener, faire du sport, appeler un ami ! ». Non. Ca ne marche pas comme ça. Vous demandez à un drogué d’aller se balader pour oublier qu’il a pas eu son fix ? Non. Je ne vois que la lutte contre soi-même qui peut contrer ce genre de besoin urgent, pressant qui vous prend aux tripes.

D’autres diront : « mais n’achète pas ce qui te fait trop envie, ce qui va te tenter ! ». Je reviens là-dessus en disant que si je n’avais que des conserves de haricots rouges et du riz, je me faisais un plat de riz aux haricots rouges. N’importe quand, n’importe quoi. Juste manger. Beaucoup et très vite.

Très franchement, je n’ai plus eu de crise majeure depuis 2 ou 3 ans, c’est un peu flou dans ma tête. Ce qui est une bonne nouvelle. Mais la moins bonne, c’est que je ne sais pas ce qui a changé pour que je n’aie plus de crise. Pour que je ne pleure plus après avoir mangé une assiettée gigantesque de pâtes aux petits pois en conserve à 15h parce que c’est tout ce qu’il y avait dans les placards.

Et que donc, je ne sais pas si ça peut revenir. Je ne sais pas quand ça pourrait revenir. Comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête, de ma tête de jeune femme bien décidée à conserver le contrôle. Mais le contrôle est bien illusoire dans mon cas, puisque de toute évidence, ce n’est pas moi qui choisis si j’ai des crises ou non. Toutefois j’ai réussi à maîtriser des petites crisettes dans les années qui viennent de passer, j’essaie de voir ça comme une image d’espoir dans le tableau qui n’est heureusement plus si noir qu’avant !

Pourquoi j’ai écrit ça ? Pas pour le plaisir de me plonger dans les souvenirs parmi les plus noirs que j’ai, ni pour le bonheur de me remémorer ces séances de binge-eating, comme on les appelle, qui m’ont toujours donné la pire image possible de moi-même. Pas pour vous apitoyer sur mon histoire, que j’ai déjà racontée ailleurs sur ce blog et qui n’a nullement besoin de pitié, en plus.

Non, mais j’aimerais simplement que l’on modifie l’image qu’on a des gros et des grosses. Que si certains sont très heureux gros (grand bien leur en fasse !), bien d’autres luttent contre leurs propres démons. L’amour de la bouffe peut prendre des proportions démesurées (comme l’estomac, en conséquence). Et qu’il est on ne peut plus difficile de se sortir de ça. C’est parfois (souvent ?) une cause psychique ou traumatique, que sais-je. Qui suis-je pour juger ?

J’espère que la prochaine fois que vous verrez un gros, vous ne jugerez pas cette personne, qui peut-être ne passe pas ses journées à bouffer des macdos ou des snickers juste pour le plaisir de le faire. Imaginez-le lutter contre le besoin de bouffer son Big Mac, avec son steak huileux et son fromage au goût de bacon. Ou peut-être aussi : Imaginez-le avec un plaisir sincère de manger son Big Mac, ça fait longtemps qu’il s’est pas fait un burger et il avait pas trop le temps de cuisiner ce soir (ça arrive à tout le monde). Dans tous les cas, laissez-le donc manger son burger sans le juger ou le regarder de travers. Soit il est déjà suffisamment mal pour supporter en plus votre regard, soit il est bien dans sa peau, et qui on est pour juger quelqu’un qui mange ce qu’il a envie de manger ?

Dans tous les cas, chacun voit midi à sa porte. Et mon midi, ce sera bientôt un(e) psy. Même si je n’ai plus de crise et que maintenant je vois mon régime davantage comme un régime classique, où on lutte contre les envies et où on lorgne sur le saucisson, j’ai besoin de comprendre pourquoi je suis passée par là.  Et comment éviter une éventuelle « rechute » à l’avenir ? La fameuse épée de Damoclès, j’aimerais bien la virer de là. On est jamais trop prudent.

"I'm fabulous, b*tch"
« I’m fabulous, b*tch »

 

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Pourquoi

Quand on entame un processus de perte de poids, ce n’est jamais pour l’amour du jeu (ni pour l’amour du brocoli). Chacun(e) a ses raisons de se lancer dans une telle entreprise : on sait que ça sera dur, que ça sera long, et on doute du résultat. Alors, voici mes raisons : celles qui font que depuis mes 13 ans, je me suis retrouvée au régime des dizaines de fois.

1 – Le bien-être : qu’il soit physique ou à l’intérieur du crâne, c’est la principale raison pour laquelle on veut perdre du poids. Ou plutôt, c’est la raison qui devrait être principale. M’est avis que d’autres raisons, moins adultes, moins avouables, moins saines, sont bien plus présentes quand on se casse les fesses sur un vélo à la salle de sport, ou qu’on lutte contre cette tranche de brie qui nous fait bien envie, la saleté.

2 – L’amour. Le grand. Avec un grand A. Ou le petit, juste pour qu’un type vous repère pendant une soirée et cherche à vous ramener chez lui (que vous le suiviez ou pas). Oui, il y a plein de gens qui diront « non, c’est juste pour moi que je veux maigrir ! ». Je les crois. Je crois aussi que pour bon nombre d’entre nous (je me place du côté « femmes », je ne sais pas pour ces messieurs), le fait de jouer les faire-valoir auprès de copines plus minces est un problème. Le fait d’être toujours une chouette copine est un problème.

Oh, non, il ne s’agit pas que de notre aspect. D’une part, bien des grosses sont en couple et heureuses, et d’autres part, pour bien des types la question ne se pose pas : le poids ne fait pas partie des critères. Et aussi, c’est aussi une question d’attitude, de confiance en soi, etc.

Pourtant il faut bien être honnête : la grande majorité des hommes préfère les nanas bien gaulées. C’est comme ça ! Et je n’ai pas peur d’avouer que si j’ai envie de maigrir, c’est aussi parce que j’ai envie de plaire plus aux hommes (et la féministe en moi n’aime pas s’entendre dire ça, croyez-moi).

3 – Parce que j’aimerais bien ne plus avoir à me demander si je vais passer dans ce fauteuil, au cinéma, au parc d’attractions. J’aimerais bien que sur la chaise en rotin de ce restaurant, mes fesses ne dépassent pas sur les côtés. J’aimerais aussi n’avoir pas peur de bloquer un ascenseur quand je suis dedans, parce que je suis trop grosse et que ça dépasse le poids supporté par la machine.

4 – La santé : c’est la première raison pour moi. Quand j’ai perdu du poids la première fois, ma tension artérielle a chuté et mes palpitations ont cessé. Parce que je tiens à mon corps (et à la vie), et parce que je sens qu’à chaque séance de sport, mes muscles se souviennent de la dernière, et que je vais plus loin. Parce que mon genou droit m’a toujours reproché (douloureusement) mon obésité, et parce que mon coeur est entouré de gras. Parce que mon foie est bien plus gros et gras que la moyenne. Parce que mes articulations subissent un poids fou, parce que mon ossature n’est pas faite pour supporter tout ce poids.

5 – Parce que quand je ferme mes volets, mon ventre passe par dessus la rambarde.

6 – Pour les fringues. La mode ! La mode n’est pas adaptée aux grosses, quiconque vous dira le contraire n’est pas gros (ou n’aime pas la mode) (ou a un tas de fric). J’aimerais bien poser sur mes fesses la dernière collection à la mode de chez je-ne-sais-quelle enseigne à la mode. Que ce soit bien ou pas bien, je veux avoir le choix. Et comme cette enseigne ne s’adapte pas à moi, c’est à moi de m’adapter (il y a un débat, j’ai choisi mon camp).

Et les sous-vêtements – Et les maillots de bain (je ne porte jamais quoi que ce soit à ‘ventre apparent’, à part les sous-vêtements). – Et les jupes un peu courtes (là, elles remontent vers l’arrière, mes fesses sont trop grosses). – Et les tops sympas qui n’ont pas besoin d’aplatir le ventre, ou le cacher – Et les escarpins dans lesquels mes pieds ne rentrent pas car encore trop larges.

"Ben oui mais alors là, même si les chaussures sont pas adaptées aux gros, quoi !"
« Ben oui mais alors là, si même les chaussures sont pas adaptées aux gros, où va le monde ? »

7 – Parce que je ne peux pas lacer mes chaussures confortablement. Je le fais facilement, mais c’est poussif. Y a mon ventre qui joue l’obstacle.

8 – Pour le plaisir de manger correctement, pour le goût, pour l’équilibre, pour le vrai manger. C’est important pour moi (qui adore faire les courses), et je trouve ça étrangement joli, une assiette de fruits. Ou un plat tout coloré mais qui ne brille pas de gras. Pour le plaisir de n’avoir pas besoin de se remplir de bouffe quand on a faim pour être satisfait, manger juste ce qu’il faut pour la combler et tenir jusqu’au repas suivant.

9 – Pour les vergetures.

10 – Pour le plaisir de faire quelques pas dans les escaliers sans être essoufflé. Pour monter une rue en pente sans difficulté. Pour faire un trajet en vélo sans terminer aussi dégoulinante qu’une serpillière.

Parce que je sais qu’avec 40 kilos en moins, je pourrais être une sportive accomplie (et faire une série d’abdos sans le ventre qui se coince entre mes cuisses et mes seins).

11 – Parce que je veux que les gens cessent de penser que j’ai passé ma vie sur un canapé à manger des snickers. Que je suis une feignasse qui pourrait avoir ce qu’elle veut si elle faisait un petit effort et qu’elle arrêtait de bouffer et qu’elle bougeait son cul. Parce que j’ai entendu ce genre de choses, oui. Parce que j’ai envie de croire que tout ce par quoi je suis passée n’a pas été vain, et peut m’aider à atteindre mes objectifs. Parce que je veux croire que tout ce que j’ai traversé peut aider les autres qui sont dans le même cas à avancer, à éviter des pièges, à comprendre. Parce que je veux me prouver que je suis assez forte pour ça.

Et vous, quelles sont vos raisons ?

You wouldn't ?
You wouldn’t ?
Carnet de Bord, Mon parcours

Le sifflotis de l’innocence et la rechute en direct

Presque un mois. J’ai honte, mais j’ai une bonne excuse : JE NE SAIS PAS FAIRE PLUSIEURS CHOSES A LA FOIS.

Depuis quelques semaines, je me concentre sur plein de choses au niveau professionnel. C’est parfois difficile, parfois plein d’espoir, mais c’est toujours chronophage. Bon. Et comme visiblement j’ai des neurones qui font grève, là-haut, je ne peux pas me concentrer en même temps sur ce que je mange.

Enfin, je mange et j’aime toujours ça, penses-tu. Juste, je ne fais pas vraiment attention si c’est bon pour moi ou pas. Bon, je fais actuellement 99 kilos, rien de catastrophique niveau reprise de poids même si l’idée de me rapprocher des 100 me donne la nausée. Mais je sais que je peux reprendre ça en main sans trop de problème.

Sauf que… sauf qu’il y a une heure, sans savoir pourquoi, sans savoir comment, j’ai mangé un demi-camembert et terminé le pot de nocciolata, qui me fait pourtant des semaines en temps normal. Le fromage, j’arrive à le gérer aussi, habituellement. Oh, j’avais pas de pain ? J’ai pris des biscottes pour parfaire le tableau. C’était très étrange. Une mini-crise. J’ai fait bien pire il y a bien longtemps. Mini-crise, mais crise quand même, avec le pack perte de contrôle-panique-bingeing.

Je fais quoi, maintenant ? Je me répète que j’ai couru ce matin au parc, que j’ai déjeuné léger.

Je nettoie tout ça à grandes lampées de Badoit, j’essaie d’oublier le rouge qui couvre mes joues de honte et de dégoût, et je me dis que ça n’arrivera plus jamais.

Mais quand on sait pertinemment qu’on sera jamais totalement à l’abri de ce genre de choses, on fait quoi ? On lutte. On espère. On y croit ?

Pas toujours.